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Les effets pervers de l’ère post-PRISM

auteur de l'article Jerome Saiz , dans la rubrique Produits & Technologies

Tout à été écrit au sujet de PRISM, la petite (vingt millions de dollars de budget annuel) entreprise industrielle de renseignement numérique piloté par la NSA. L’indignation est générale et c’est légitime. Mais jouons plutôt l’avocat du diable : ces révélations peuvent-elles avoir un effet néfaste chez nous ?

En premier lieu cette affaire a toutes les chances d’enterrer toute polémique au sujet du Cloud souverain français, et d’instaurer à sa place un délit de scepticisme dès que l’on tentera de critiquer ces projets. Exit donc les questions sur l’originalité des offres, les coûts, les délais, la dépense d’argent public… bref, circulez, il n’y a (plus) rien à voir : critiquer le Cloud souverain national, c’est faire allégeance à PRISM.

Ensuite préparons-nous à subir une épuisante vague de marketing qui mettra PRISM à toutes les sauces. Il est en effet fort probable que tout prestataire actuel disposant d’un bout de serveur mutualisable sous-loué dans un datacenter roubaisien, ou encore d’un quelconque service de webmail hébergé dans son salon, reviendra plus que jamais à la charge. Son service, qui avait jusqu’à présent pour mérite essentiel d’exister, deviendra du jour au lendemain le fleuron national de la résistance aux écoutes américaines.

En temps normal, le marketing à outrance est déjà passablement ennuyeux. Mais lorsqu’il tente de surfer en masse sur l’indignation générale en brodant sur un sujet d’actualité qu’il ne maîtrise pas, il en devient insupportable.

Pourtant s’il n’y avait que les grands acteurs de Cloud souverain et quelques prestataires existants, ce serait un moindre mal. Hélas l’affaire PRISM pourrait aussi remettre sur le tapis les bras cassés. Attendons-nous donc à voir prochainement s’empiler chez OSEO les dossiers de demande de financement pour des projets dont le seul mérite est de vouloir remplacer les Google, Facebook et autres Youtube que l’on sait désormais vendus aux grandes oreilles d’outre-Atlantique.

Jusqu’à présent de tels projets étaient généralement mort-nés. Il y a quelques semaines encore leur dossier de financement ne passait pas l’étape de la grande Poste du Louvre. Mais aujourd’hui, dans la frénésie d’échapper au Big Brother américain, il y a fort à parier qu’ils vont se refaire une santé et même oser aller réclamer de l’argent à OSEO. Et ils pourraient ainsi contribuer à réduire les chances de financement d’autres start-ups plus viables mais qui hélas ne sont pas à la mode car elles n’oeuvrent pas à l’indépendance nationale dans le partage de chatons et de LOL.

Par chance, on ne parle pas ici de fortes sommes. L’amorçage est rarement une affaire de gros sous. Hélas, plus haut, du côté de Bruxelles par exemple, les choses peuvent vite devenir incontrôlables. C’est que la tentation d’indépendance européenne vis-à-vis de nos amis d’outre-atlantique, toute louable qu’elle soit dans bien des domaines (le GPS européen Galileo par exemple), tourne parfois à l’obsession (en témoigne le projet Quaero). Et nous savons qu’associer une obsession à un budget quasi-illimité est rarement une bonne chose.

Ainsi après avoir entendu lors de trop nombreuses réunions consacrées notamment au Cloud (et cela bien avant que l’on entende parler de PRISM) des commerciaux-entrepreneurs français expliquer fort cyniquement que leur business model était de séduire Bruxelles afin de subventionner une offre qui ne présente sinon aucun intérêt, il y a fort à craindre de voir l’Europe s’emballer et financer tout et n’importe quoi au seul motif de lutter contre les grandes oreilles américaines…

Alors, que peut-on attendre de l’ère post-PRIMS en France ? Probablement un défilé de mauvaises idées, de projets bancals, d’illuminés, de cyniques et de professionnels du marketing, tous unis par le rêve de décrocher la plus grosse part du gâteau possible en surfant sur un événement dont ils ignorent quasiment tout (comme nous tous, d’ailleurs).

Mais ne soyons pas bégueule : cela n’en rendra que plus appréciables les bonnes idées et les bons projets qui pourront émerger !


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6 réponses à Les effets pervers de l’ère post-PRISM

  1. Leulapin dit :

    Article d’une stupidité au moins aussi importante que les dérives (avérées) qu’il dénonce, finir sur une proposition concrète au moins eut été un début d’excuse…

  2. Jivef dit :

    Bonjour,

    Les effets secondaires de l’affaire PRISM pourraient avoir aussi des bon cotés… (Rêvons un peu…)

    Les fins négociateurs incompétents des différents ministères qui persistent
    à vouloir à tout prix travailler avec Microsoft devraient tenir un peu
    plus compte de leurs collègues de services techniques qui au contraire
    dénoncent cette dépendance aberrante des services de l’état vis à vis
    d’un gros groupe étranger.
    Dépendance encore plus aberrante, absconse et stupide lorsqu’elle est décidé par des généraux qui n’y comprennent strictement rien, pour le compte du ministère de la Défense Nationale (Là c’est vraiment très grave)…
    Et pourtant à la défense, il y a des gens très compétents, mais il semble qu’ils n’aient pas l’oreille attentive qu’ils méritent.

    Les lobbistes de Microsoft et autres syndicats d’éditeurs de logiciels sont derrière. Pourtant il y a des solutions économiques, sûres, sécurisées et parfaitement viables.

    Dommage que votre article ne soit pas un peu plus optimiste, même si je ne crois pas au pays des Bisounours, cela peut donner des ouvertures et des idées.

    Bien cordialement.

    Jonas.

    • Vous avez parfaitement raison Jonas. Mais les articles optimistes ne manquant pas, il était plus intéressant d’explorer l’autre aspect de cette affaire ! D’autant que tous les signaux qui nous parvenaient faisaient état de ce grand n’importe quoi en préparation, que personne n’avait encore abordé.

  3. Desoies dit :

    Bien vu et avec de l’humour. Un régal. Comme si on y était 😉

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